La 9-5 confiée par l’importateur est un véhicule conçu il y a
quelque dix ans qui a servi de base pour les essais des carburants de
remplacement. Incontestablement, la Saab 9-5 est une des berlines les plus
sûres et les plus confortables sur le marché, quand bien même ne serait-elle pas
affublée de tous les accessoires, qui font aujourd’hui la loi dans les
habitacles : assistance au freinage d’urgence, allumage automatisé des phares,
radar de parking, connexions internet, etc. La boîte automatique est largement
dépassée par celles de la concurrence. Les vendeurs suédois proposent
toutefois, en option, une boîte Aisin également à cinq rapports.
La cartographie du bloc, gérée, de façon transparente pour le
conducteur utilise avec brio les avantages du turbo dont Saab a le secret.
L’électronique « Trionic », autorise l’utilisation indistincte des supers sans
plomb SP95 et SP98 ainsi que le superéthanol E85 ou encore le mélange des trois
qu’un seul réservoir suffit à contenir. Le rapport quelconque de leur
combinaison doit être rigoureusement aidé par une électronique de pointe ou voir
les réglages approximatifs qui expliqueraient la surconsommation par rapport au
modèle identique carburant au SP98 ou au SP95 (les supers sans plomb habituelles
aux pompes). D’autant que le pouvoir calorifique de l’éthanol est plus faible
que ceux des deux supers. Les ingénieurs ont, de plus, résolu avec succès les
problèmes liés au démarrage à froid et les effets corrosifs de l’éthanol.
La documentation prétend qu’une Saab à moteur EcoPower émet
entre trente-cinq et cinquante grammes de CO2 d’origine fossile quand elle
carbure au superéthanol E85. Dans ce cas, sont uniquement considérées les
émissions des quinze pour cent d’eurosuper contenus dans le mélange. Pourtant,
les autres quantités de CO2 rejetées par la Saab existent lorsqu’elle ne
fonctionne qu’avec de l’E85. Elles ne sont simplement pas prises en
considération parce qu’on estime, soit qu’elles ont été absorbées, soit qu’elles
le seront l’année suivante, au moment de la pousse des plantes dont on extrait
l’éthanol. Dans le temps, les absorptions et rejets sont proches les uns des
autres, à une année près. A contrario, l’énergie fossile provenant de la
décomposition de forêts, le CO2 rejeté aujourd’hui a été absorbé à une époque
lointaine, quand l’humanité n’existait pas encore.
Le gouvernement suédois s’est engagé en 2004 à supprimer les
taxes sur l’agroéthanol ainsi qu’une partie de la TVA sur les véhicules propres,
ce qui permet au propriétaire d’une Saab à moteur EcoPower de réaliser des
économies substantielles. La majorité des grandes villes suédoises accueillent
gratuitement ces véhicules dans leurs parkings. Cela explique sans doute que
quatre-vingts pour cent des Saab 9-5 vendues aujourd’hui en Suède sont celles
dotées de l’EcoPower. Un des avantages de l’E85 est qu’il possède un indice
d’octane plus élevé que celui de l’essence. Il tolère donc des pressions de
suralimentation plus hautes ainsi qu’une avance à l’allumage. En adoptant des
soupapes plus résistantes et un circuit d’alimentation compatible, Saab utilise
le plus grand potentiel de puissance.
Les futurs motorisations envisagées par le constructeur suédois
seront spécifiquement conçues pour l’E85. Turbo compressés, plus petits, ils
profiteront en plein de l’injection directe. Bientôt, une 9-3 à moteur EcoPower
verra le jour qui intégrera les informations récoltées lors de la fabuleuse
expérience 9-5. Dans quelques années, le modèle 9-5 sera disponible
fonctionnant également avec du superéthanol à cent pour cent : elle sera le
fruit des actuelles études en cours.
En Belgique, au moment de l’essai, c’est-à-dire avant la
composition du gouvernement provisoire qui pourrait éventuellement prendre des
décisions à ce sujet, l’E85 est interdit à la vente. Seule une station
d’essence de la périphérie bruxelloise en délivre, encore, uniquement aux
flottes captives des importateurs. Que pensent aujourd’hui les quelques
acheteurs qui ont fait le choix d’un véhicule annoncé comme prometteur en
matière de propreté environnementale et qui sont contraints de rouler au
supercarburant ? L’eurosuper qu’ils consomment rejette lui, environ deux cent
cinquante grammes de dioxyde de carbone au kilomètre… Un comble !
Superéthanol,
de quoi s’agit-il ?
On parle de plus en plus de l’éthanol dans les
revues spécialisées de l’automobile. Comme il s’agit d’un carburant provenant
de l’agriculture et que le caractère « bio » est éloigné des soucis de ses
promoteurs, préférons les termes « agroéthanol » ou « superéthanol » ! Saab est
une des marques distribuées en Belgique qui proposent des voitures de presse en
versions carburant à l’E85, l’agrocarburant contenant seulement quinze pour cent
d’essence d’origine fossile (entendons dans ce cas, la super sans plomb). Avec
Ford et Volvo, ces trois importateurs cherchent à promouvoir un E85 normalisé
auprès des décideurs politiques. L’absence de gouvernement belge pendant six
mois aura gelé leurs efforts. Dans la presse sur papier ou sur internet, vous
trouverez vérités et billevesées, qui dénotent les partis pris de leurs auteurs
en faveur ou au discrédit de ces solutions.
Les recherches actuelles sur les agrocarburants se
proposent de répondre à trois objectifs principaux. Il s’agit de réduire les
importations de pétrole ainsi que les émissions de CO2 et de créer des emplois
décentralisés non délocalisables. Au-delà des considérations relatives au
bien-fondé des déforestations, des cultures intensives, utilisant entre autres
les jachères pour produire des carburants destinés au transport, nous nous
trouvons en présence d’un formidable sujet de progrès. Bien entendu, à côté
d’autres solutions. Tout en conservant à l’idée que les transports individuels
sont responsables de treize pour cent des rejets de CO2 dans nos régions et que le dioxyde d’oxygène partage avec
d’autres gaz, dont les NOx, une responsabilité du réchauffement de la Terre.
Il existe quatre filières essentielles en matière
d’agrocarburants.
La première concerne les alcools pour lesquels on prend des
betteraves, du blé, du bois, de la canne à sucre, du maïs, de la paille ou
encore des pommes de terre. Par la fermentation de leur amidon, leur cellulose
ou leur sucre, on obtient un éthanol. Celui-ci pourra être ajouté, dans des
proportions variables à l’essence d’origine fossile. Une directive européenne
fixe qu’en 2010, la contribution des agrocarburants devra atteindre un peu moins
de six pour cent de la consommation énergétique des transports.
La deuxième filière, celle des huiles qui peuvent être
d’origine animale et dans ce cas, on comptera seize porcs (ou deux bœufs) pour
fabriquer environ trois réservoirs de voitures. Toutefois, on parle plus
souvent des végétaux comme l’arachide, le colza, la palme, le soja, le
tournesol. Deux cent cinquante kilogrammes de maïs permettraient de faire un
plein. Deux cas de figure se présentent. D’une part, les huiles végétales
brutes (HVB) qui comprennent également les huiles usagées comme celles de
friture. Toutefois, une voiture diesel ne peut utiliser ces huiles dans
n’importe quelles conditions sans perdre ipso facto la garantie sur le moteur.
La troisième filière, celle des esters que l’on repère aussi
sous la dénomination d’agrodiesels. On mélange de l’alcool à de l’huile et l’on
obtient un méthyle dont on connaît surtout un nom commercial, le Diester. La
fabrication industrielle garantit la qualité strictement normée. L’agrodiesel
supporte les hautes pressions des rampes communes, ne se fige pas à basse
température extérieure et est accepté par les constructeurs automobiles.
La quatrième filière concerne le BTL (biomass-to-liquid) qui
semble ouvrir de nouvelles portes prometteuses vers le futur. Dans ce cas, on
utilise toutes les parties des plantes —et pas seulement le fruit— dont les
feuilles mortes, les copeaux de bois, les déchets de compost, etc. En fait, on
tente d’accélérer industriellement le processus naturel qui s’est déroulé
pendant des milliers d’années pour produire le pétrole.
Différentes pistes sont ouvertes pour consommer et
polluer moins. Les agrocarburants sont une parmi les nombreuses voies d’études
et d’analyse. Il reste toutefois possible à chaque automobiliste de faire, à
son niveau, de solides économies en coupant ses antibrouillards, sa
climatisation ou même son moteur à l’arrêt, en diminuant de quelques kilomètres
à l’heure sa vitesse de croisière, en choisissant l'horaire de son trajet pour
éviter les congestions de trafic, etc. Une goutte d’eau douce pourtant utile
dans les océans de pollutions qui existent ailleurs !
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